La
chirurgie réparatrice Reconstruction
mammaire
LE
CANCER DU SEIN :
LA RECONSTRUCTION MAMMAIRE APRES MAMMECTOMIE
|
DEFINITION
La
reconstruction mammaire regroupe plusieurs types
d’interventions qui ont pour but de reconstruire
un
sein, soit partiellement amputé après
tumorectomie,
soit totalement mutilé après ablation
complète
du sein encore appelée mammectomie ou
mastectomie.
La mammectomie ne représente que le volet
chirurgical
de l’ensemble des traitements du cancer du sein
: radiothérapie,
chimiothérapie, hormonothérapie,
curiethérapie.
Les indications thérapeutiques dépendent
:
- du type
histologique de la tumeur et de son
hormonodépendance
;
- de son
évolution locale (sa taille), régionale
(ganglions axillaires envahis ou non), et enfin
générale
(existence ou non de métastases) ;
- de
l’état
inflammatoire local ;
- enfin,
de l’état général de
la patiente.
La
reconstruction mammaire est le plus souvent
indiquée
trois à six mois après la fin des autres
traitements,
excepté l’hormonothérapie, et
quand l’état
physique et psychologique de la patiente
l’autorisent.
On a beaucoup parlé, il y a quelques temps, de
la
reconstruction immédiate,
réalisée juste
après l’ablation du sein, dans le
même
temps opératoire.
Cette possibilité peut sembler
séduisante mais
deux écueils la rende, à mon sens, assez
rarement
réalisable :
- elle
n’est possible que si l’on est certain
qu’aucune radiothérapie ne sera pas
indiquée
après l’intervention ;
- elle
court-circuite
la période de deuil, qui débute
avec l’ablation du sein. Cette phase est
importante
car elle autorise la patiente à désirer
la
reconstruction mammaire, à l’accepter
pleinement
sans la subir. Sachant que le sein reconstruit
n’aura
jamais un aspect identique à celui qui a
été enlevé,
le résultat définitif sera souvent mieux
accepté.
Parfois, il est quand même possible
d’associer
la mammectomie et le premier temps de reconstruction
mammaire
par prothèse, à condition
d’être
certain qu’une radiothérapie
complémentaire
ne sera pas nécessaire.
LES
DIFFERENTS TYPES DE RECONSTRUCTION
Il
y a deux types de reconstruction : les
reconstructions
mammaires
par prothèses et les reconstructions par
lambeaux.
Les
prothèses
|
| Avant |
Après |
Reconstruction du sein gauche par protheses et creation d'un neo sillon sous mammaire
|
Ce
type de reconstruction peut comporter un, deux, ou
trois
interventions.
Alors, pourquoi préférer trois
temps ? Tout simplement à cause du
revêtement
cutané. La peau du sein souffre beaucoup :
elle souffre
d’abord de l’effet de la pesanteur, qui
tend à affaisser
le sein et à le distendre,
phénomène
encore amplifié par les variations de volume
de la
glande mammaire qui accompagnent souvent les
diverses périodes de la vie génitale.
Ensuite survient le drame : le cancer. La peau du sein
est alors étirée par la mammectomie,
perdant en
même temps une partie de sa vascularisation
sous
jacente. La plaque aréolo mamelonnaire est
ainsi le plus souvent sacrifié.
La radiothérapie, même bien dosée et
ciblée, accentue encore cette souffrance
cutanée.
Comment peut-on encore demander à la peau, de se
distendre,
puis d’accroître le nombre de ses
cellules constituantes
afin de reconstituer immédiatement en un
temps opératoire, une enveloppe identique à l'originale.
Impossible. Il faut du temps. Progressivement, la peau
va se soumettre, sans traumatisme, à notre
volonté.
A mon sens, plus la durée de la reconstruction
mammaire
sera longue, meilleurs seront les résultats
esthétiques
définitifs, n’en déplaise
à la
sécurité sociale.
Le
premier temps opératoire
Il
consiste en la mise en place,
d’une prothèse mammaire vide,
placée sous le
muscle grand pectoral,
en réutilisant l'incision de mammectomie sur seulement 5 cm.
Après un mois de cicatrisation, cette prothèse, appelée
prothèse d’expansion
tissulaire, est gonflée progressivement
de sérum physiologique. Ce gonflage
s’effectue
chaque semaine, en salle de pansement, sans
aucune
anesthésie, et sans douleur. Il
consiste en
une injection, de serum à travers
la peau, dans une valve qui est
reliée à la
prothèse. La valve peut être
soit complètement
incorporée à la
prothèse, soit à distance
et reliée par un raccord . Les prothèses
d’expansion munies de valves
incorporées
me semblent engendrer moins de
complications.
L’injection de sérum se
pratique donc
par piqûre à travers la peau,
dans une
valve située à la face
antérieure
de la prothèse, et qui est
repérée
grâce à un aimant. Le nombre
total d’injections
hebdomadaires est de 5 à 16 selon
les capacités
de distension de la peau, sachant que
l’absence
de radiothérapie locale favorise
une expansion
complète et rapide. La peau
s’étire, se distend
puis fabrique de nouvelles cellules
dermo-épidermiques
comme la peau abdominale durant une
grossesse. La
prothèse d’expansion est sur
gonflée
afin d’obtenir un sein plus joliment
galbé, particulièrement
en regard de la cicatrice de mammectomie
qui se distend
toujours plus difficilement que les zones
voisines.
C'est la ligne de résistance
maximale.
Il est souhaitable de noter pendant
l’expansion,
le volume de sérum injecté
dans la
prothèse qui donne une bonne
symétrie entre le sein reconstruit
et le sein
opposé.
En définitive, il s’agira du
volume de la prothèse mammaire
définitive qui remplacera la prothèse mammaire
d’expansion
tissulaire. Un temps de latence d’environ 2 à 3 mois
entre la
fin du gonflage et le deuxième temps opératoire est
souhaitable,
permettant à la peau de s’assouplir en accroissant le
nombre de ses cellules.
Le
deuxième temps
opératoire
Il consiste en l’ablation de la
prothèse d’expansion
et en son remplacement par une
prothèse mammaire
définitive identique à celle
utilisée
dans le traitement de l’hypotrophie
mammaire.
Cette prothèse définitive
est presque toujours une prothèse
remplie de gel de silicone, dont l’enveloppe est très
solide,
texturée, et contenant un gel très cohésif
comme il est
décrit plus en détail dans le chapitre de la chirurgie
de la silhouette et des prothèses
mammaires pour hypotrophie.
Cette prothèse est le plus souvent anatomique, en forme de
sein et aux dimentions parfaitement
adaptée à chaque patiente . Deux
raffinements techniques sont importants
à considérer et seront détaillés dans le
chapitre des cas particuliers
:
D’abord, la recréation d’un
néo sillon sous mammaire
par voie interne, sans cicatrice supplémentaire, selon une
technique
originale qui permet d’améliorer la symétrie
des deux
seins surtout quand le sein opposé à tendance à
s'affaiser .
D’autre part,
l'atténuation de la zone de jonction pectoro axillaire où est
souvent située une dépression juste en avant de
l’aisselle,
au niveau de la partie toute externe de la cicatrice de mammectomie,
un
comblement tissulaire est obtenu par une plastie en Z
asymétrique
et une adaptation de la prothèse mammaire.
Le
troisième temps
opératoire
Il consiste en une
symétrisation du sein contro
latéral
et une reconstruction de la plaque
aréolo
mamelonnaire.
Le plus souvent, la symétrisation
est obtenue par plastie mammaire de réduction
cutanée et souvent glandulaire selon une technique
personnelle avec
pédicule supéro interne et cicatrice définitive
verticale
courte (se reporter au chapitre des hypertrophies
mammaires dans la chirurgie de la silhouette). Quelques
fois, une cicatrice horizontale courte, située dans le sillon
sous mammaire, est nécessaire à l’obtention
d’une
symétrie parfaite des deux seins.
La fermeture cutanée par un lambeau d’accolement,
également original,
est décrite dans le chapitre traitant des cicatrices.
La plaque aréolo mamelonnaire constituée du mamelon
entouré de
l’aréole plus ou moins étalée est
reconstruite de
la façon suivante :
- greffe mamelonnaire
prenant la moitié du mamelon opposé s'il est suffisamment
développé ou bien, selon le désir de la
patiente, reconstruction du mamelon, par
un petit lambeau cutané local suivant un tracé
original, différent du
classique lambeau, en « fleur de lys ».
-greffe aréolaire prise dans le sillon génitaux crural, en
dehors des grandes lèvres, en plusieurs fragments longitudinaux, afin
d'éviter toute distorsion secondaire. La peau de cette région
a une couleur qui se rapproche de la peau aréolaire. Il existe
parfois une différence qui peut être corrigée par un
tatouage secondaire. Certains auteurs reconstruisent l'aréole par
simple tatouage, sans greffe préalable. Plus simple, le
résultat est, à mon sens, nettement moins joli. Cette plaque
aréolo
mamelonnaire est très précisément située
en fonction
de la longueur de l’hémi base thoracique, du volume du
sein opposé,
de la forme du sein reconstruit, et enfin de la ptose
prévisible du
sein contro latéral. La distance entre la fourchette sternale
et la
partie supérieure de la plaque aréolo mamelonnaire
est,
selon une approche personnelle, à l’hémi base
thoracique,
soit la distance entre la ligne médio sternale et la face
interne du
bras, augmentée de 1, 2 ou 3 cm, en fonction du volume du
sein et donc
de sa projection antérieure (se reporter à
l’étude sur l’anatomie
artistique dans le chapitre des seins). Enfin, il est important que
la plaque
aréolo mamelonnaire interrompe, si possible, la cicatrice de
mammectomie,
la rendant ainsi moins visible par effet optique. |
Les
lambeaux
Un
lambeau est un ensemble tissulaire musculaire
(lambeau musculaire)
ou musculaire
et cutané (lambeau musculo cutané),
ayant sa propre vascularisation. Le lambeau offre un
volume
tissulaire suffisant pour reconstruire un sein, le
plus souvent
sans apport du matériel exogène
qu’est
la prothèse. Les deux lambeaux les plus
utilisés sont le lambeau du
muscle grand droit et le lambeau de muscle grand
dorsal.
Le
lambeau de grand
droit
Le
muscle grand droit, ou muscles abdominaux,
est étalé verticalement,
et s’étend des dernières
côtes
en haut jusqu’au pubis en bas. Au
nombre
de deux, ils circonscrivent l’ombilic
et
sont marqués transversalement par des
bandelettes fibreuses horizontales.
Vascularisé par
les vaisseaux épigastriques
supérieurs
qui apparaissent sous la dernière
côte,
le muscle, recouvert de sa palette
cutanée
sous ombilicale, est donc
prélevé de
bas en haut. La
palette cutanée est dessinée
selon
une forme en « chapeau de gendarme
».
Le muscle recouvert de sa peau sont
transférés, vers
le thorax, sous un pont de peau abdominale,
vers le thorax. Le
lambeau musculo
cutané vient combler l’espace
ménagé par
l’ouverture des deux berges de la
cicatrice
de mammectomie.
En définitive, l’enveloppe du
sein est reconstruite par la peau
abdominale sous ombilicale et le volume mammaire par un des deux
muscles grand
droit de l’abdomen.
Les variantes de ce type de lambeau sont multiples. Il faut surtout
retenir
l’utilisation possibles des deux muscles grand droit et le
transfert
d’un muscle micro vascularisé, c'est-à-dire en
interrompant
les vaisseaux artériels et veineux qui l’ irriguent et en
les
réanastomosant au microscope sur des vaisseaux de la
région
axillaire.
Dans tous les cas, un second temps opératoire est
nécessaire
: symétrisation et reconstruction de la plaque aréolo
mamelonnaire
identique au 3ème temps de la reconstruction mammaire par
prothèse
d’expansion tissulaire.
|
Aspect post-opératoire définitif d'une reconstruction du sein droit par
lambeau de grand droit.
|
Les
avantages du lambeau de grand droit sont
évidents : absence de corps étranger
type prothèse en silicone et résultat souvent
très
naturel.
En ravanche, ces inconvénients sont assez nombreux
:
- fragilisation
de la paroi musculaire abdominale et ses
conséquences
respiratoires, dorsales et pelvienne ;
- voussure de la paroi abdominale même
quand le vide musculaire pariétal,
secondaire
au prélèvement du lambeau, a
été réparé par
une plaque synthétique. Il ne
s’agit
donc pas là d’une véritable
éventration
et une plicature chirurgicale secondaire est, le
plus souvent
suffisante ;
- intervention
lourde, nécessitant au moins dix jours
d’hospitalisation,
et une période de convalescence longue de
2 à 3
mois.
Enfin, ce lambeau est souvent contre
indiqué dans les cas suivants :
- âge avancé ;
- obésité ;
- intoxication
tabagique ;
- diabète non équilibré ;
- antécédent de
cicatrice et d’intervention abdominale antérieure ;
- état
général
physiologique et psychologique de la patiente ;
Le
lambeau de grand dorsal
Le
muscle grand dorsal est un muscle
aplati, triangulaire,
qui naît de la partie
médiane basse
du dos et du tiers interne de la
région lombaire
en s’insérant par
l’intermédiaire
de l’aponévrose lombaire.
Il remonte
en haut et en dehors, contourne la
pointe inférieure
de l’omoplate et se termine dans
la coulisse
bicipitale de
l’humérus.
Il est irrigué par l’artère
thoraco-dorsale, née
de l’artère sous scapulaire, elle-même issue de
l’artère
axillaire.
La levée du lambeau est réalisée par
l’intermédiaire
d’une incision dans l’aisselle qui descend
verticalement
sur une dizaine de cm sur le thorax en suivant le bord
antérieur
du muscle grand dorsal. Cette
courte incision suffit à dégager
les insertions basses dorsales et lombaires du muscle. Sa
dissection
progressive est ensuite menée de bas en haut
jusqu’à l’aisselle.
Le muscle reste le plus souvent pédiculé sur son
insertion
humérale.
La quantité de muscle prélevé est souvent
importante
et la quantité de peau associée est variable : soit
nulle
(pas de peau, lambeau de grand dorsal musculaire pur) soit d’environ 10 cm de largeur , (lambeau de
grand dorsal musculo cutané), autorisant une fermeture cutanée
par suture. Au-delà des 10 cm, il faut pratiquer une greffe
cutanée
sur la zone donneuse dorsale, ce qui est intolérable sur le
plan
esthétique
et fonctionnel en matière de reconstruction mammaire. Le
lambeau est ensuite transféré sous le pont
cutané thoracique
et va combler le vide tissulaire créé par
l’ouverture
de la cicatrice de mammectomie.
Il s’agit d’un lambeau extrêmement fiable,
présentant
peu de variations anatomiques vasculaires et dont l’arc de
rotation est
très important.
Je n’utilise que rarement ce lambeau sous sa forme musculo
cutanée
pour les raisons suivantes :
- dès
qu’une palette cutanée est
prélevée,
la cicatrice dorsale de la zone donneuse du
lambeau est
toujours visible, qu’elle soit
tracée
horizontalement, verticalement ou obliquement
;
- la
couleur de la peau du lambeau d’origine
dorsale est toujours
moins pigmentée que la peau thoracique
adjacente,
donnant un aspect de « pièce
rapportée » ;
- enfin,
ce lambeau offre un volume tissulaire souvent
insuffisant à la
reconstruction d’un sein
symétrique au sein
opposé, ce qui impose le recours
à l’implantation,
sous le lambeau, d’une prothèse
mammaire augmentant par la même les risques de complications
secondaires.
En revanche, j’apprécie ce lambeau
dans
sa forme musculaire pure qui apporte un flux
vasculaire
supplémentaire à la paroi
thoracique, en particulier quand
la mammectomie a détérioré le muscle grand
pectoral
ou quand la peau et les tissus sous cutanés ont
été très
traumatisés par la radiothérapie agressive. Le
muscle
augmente l’apport sanguin artériel et
accélère le
retour veineux dans la peau et les tissus immédiatement
sous cutanés.
L’expansion
cutanée secondaire est obligatoire, mais est
facilitée
et beaucoup moins risquée. La prothèse
d’expansion est placée
en arrière du muscle grand dorsal transposé. On est
alors
replacé au
premier temps d’une reconstruction mammaire habituelle par
prothèse
d’expansion qui est remplacée, après gonflage,
par
une prothèse définitive.
Les cas
particuliers
La
reconstruction mammaire immédiate
La prothèse d’expansion tissulaire
est mise en place dans le même
temps opératoire que la mammectomie. Très
séduisant, le
problème majeur est le suivant : si une
radiothérapie secondaire
est nécessaire, un épaississement de la membrane
péri
prothétique qui entoure toujours une prothèse, est
pratiquement
inévitable. Cette « coque » entoure la
prothèse et
durcit la peau et les tissus sous cutanés. La
reconstruction mammaire
est alors le plus souvent de mauvaise qualité ce qui est
d’autant moins
bien acceptée par la patiente qu’elle n’a pu
faire le deuil
de son sein enlevé. En définitive, les indications
de la reconstruction mammaire immédiate
sont donc rares.
La
reconstruction mammaire par
prothèses
en 2 temps
Cette reconstruction est possible mais,
pour ma part, rarement indiquée.
L’implantation de la prothèse d’expansion
tissulaire et
la symétrisation du sein contro latéral constituent
le premier
temps opératoire. Le deuxième temps se transforme en
un changement
de la prothèse
d'expansion tissulaire en prothèse définitive et en une
reconstruction de la plaque aréolo mamelonnaire.
Cette reconstruction en deux temps est plus difficile et plus
aléatoire,
le résultat esthétique définitif
étant, à mon
sens, généralement moins bon.
De plus, il faut attendre environ six mois entre les deux
interventions
pour que le sein symétrisé contro latéral
initialement symétrisé prenne sa forme définitive,
pouvant alors éventuellement
retouché lors de la deuxième intervention. En
définitive,
la durée globale des deux modes de reconstruction mammaire
en deux temps est identique à la
durée de la reconstruction mammaire en trois
temps.
La reconstruction
mammaire par prothèses
associées au
lambeau de grand dorsal
Dans certains cas : peau abîmée
par la radiothérapie
; -tissu sous cutanés très fins ; -défect du
muscle grand
pectoral formant une légère dépression
superficielle ;
l’utilisation du muscle grand dorsal musculaire pur pour
améliorer
la vascularisation des tissus thoraciques et la tolérance
de la peau à l’expansion tissulaire prothétique,
est fortement conseillé. En effet, la peau souffre beaucoup
: d’abord
lors de la mammectomie, ensuite lors de la radiothérapie,
facteur qui
complique toujours la reconstruction, lors de la mise en place de
la prothèse
d’expansion et l’expansion elle même qui
étire la
peau. A chacune de ces épreuves, la peau souffre et doit
réagir,
se régénérer. L’apport du muscle grand
pectoral à sa
face profonde favorise cette régénération
grâce à une
augmentation de la vascularisation, ce qui me semble toujours
aboutir à de
meilleurs résultats esthétiques. J’utilise
cette technique
régulièrement quand la peau est abîmée
et a déjà tendance à se
rétracter avant même l’expansion.
La levée du muscle grand dorsal est simple, sans cicatrice
supplémentaire
visible (cicatrice dans l’aisselle), et n’entrave pas
la mobilité du corps,
(simple faiblesse unilatérale au soulèvement du
corps assis
en appui sur les deux mains).
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|
|
| Avant |
|
Après |
Aspect
après mammectomie gauche visualisant un défect musculaire sous
cutané. |
|
Aspect
précoce après reconstruction du sein gauche (lambeau de grand
dorsal musculaire pour combler le défect puis expansion
prothétique) et symétrisation du sein droit . |
La
reconstruction de la plaque
aréolo mamelonnaire
C’est un temps important de la
reconstruction mammaire, donnant toute
sa finesse au résultat définitif. La
reconstruction du mamelon
est classiquement réalisée par greffe d’une
partie du mamelon
opposé, souvent prélevé en croissant ou
suivant sa moitié inférieure,
ou enfin décapité, s’il est suffisamment
développé.
Si ma patiente préfère préserver une
parfaite sensibilité du
mamelon restant, j’effectue une reconstruction du mamelon
par un lambeau
cutané local, selon un dessin original, avec une greffe
dermique ou cartilagineuse
incluse, qui donne de meilleurs résultats que le
classique lambeau en « fleur
de lys ».
L’aréole, qui entoure le mamelon, est reconstruite
par une greffe
de peau, prise dans le sillon génito crural, en dehors
des grandes lèves, zone ou la pigmentation cutanéeest
ressemblante à celle
de la peau aréolaire. En fait, elle est souvent moins
pigmentée
et un tatouage secondaire sur la greffe aréolaire, et sur
l’aréole
contro latérale est parfois réalisé. Le
tatoueur doit être
compétent afin de peaufiner le résultat
esthétique définitif.
Cette prise de greffe génito crurale est pratiquée
en 2 parties afin
d’éviter toute traction gênante de la grande
lèvre vers l'extérieur.
La cicatrice est quasiment invisible, toujours de bonne
qualité,
sans retentissement physiologique.
Certains auteurs préfèrent le tatouage simple de
l’aréole,
sans greffe cutanée, mais le résultat me semble
souvent beaucoup
moins naturel.
Il est important de parfaitement positionner la plaque
aréolo mamelonnaire
reconstruite. Selon des critères personnels, elle est
située
en fonction de 3 segments : se reporter
à l’introduction sur la chirurgie esthétique
des seins :
segment
I : segment
s’étendant de
la fourchette sternale jusqu’au
bord
supérieur de la plaque
aréolo
mamelonnaire et de longueur
égale à celle
de l’hémi base thoracique
antérieure
(distance séparant la ligne
médio
sternale de la face interne du bras),
auquel
on ajoute 1,2, voire 3 cm selon
l’importance
du volume du sein et donc de sa
projection
antérieure ;
segment II : segment
s’étendant
de la ligne médiane médio
sternale
au bord interne de la plaque aréolo
mamelonnaire
et mesurant, la moitié de
l’hémi
base thoracique antérieure soit la
moitié du
segment I ;
segment III : segment remontant du
sillon
sous mammaire au bord inférieur de la
plaque
aréolo mamelonnaire et mesurant un
tiers du
segment I, éventuellement
augmenté de
1,2, voire 3 cm selon le volume du sein
reconstruit. |
Enfin, il est
toujours souhaitable que la plaque
aréolo
mamelonnaire interrompe la cicatrice de
mammectomie,
la rendant alors toujours moins
visible.
La dépression
« pectoro axillaire »
Cette zone est située à la
jonction entre la partie antérieure du le creux axillaire,
la saillie externe du grand pectoral et le prolongement externe de
la cicatrice
de mammectomie. Cette zone forme souvent une dépression entre
le muscle
grand pectoral en haut, souvent enrobé de graisse, et la
cicatrice de
mammectomie qui est rétractée et qui sillonne à
proximité de
son bord inférieur. Une plastie en Z asymétrique
permet de combler
cette dépression et d’embellir le galbe externe du
sein.
En outre, il faut éviter d’essayer
d’améliorer
l’aspect
de la cicatrice à ce niveau par une simple excision suture
qui aggrave
toujours la dépression pectoro axillaire. |
La
mammectomie sous cutanée
La
mammectomie classique emporte la peau et les tissus
mammaires
selon une ellipse oblique, de bas en haut et de dedans
en
dehors, enlevant également la plaque
aréolo mamelonnaire
notamment dans les tumeurs canalaires. En profondeur,
l’exérèse
s’étend jusqu’au muscle grand
pectoral – son
fascia est enlevé en regard de la tumeur –
et
est particulièrement extensive dans le sillon
sous
mammaire.
La
mammectomie sous cutanée est différente.
Elle présente l’énorme
avantage de préserver la plaque aréolo
mamelonnaire
et de respecter l’intégrité de la
totalité de
la peau du sein, le plus souvent sans rançon
cicatricielle. Elle n’emporte que le tissu
mammaire
glandulaire et graisseux, la cicatrice étant
masquée
autour de l’hémi aréole
inférieure.
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Aspect post-opératoire |
Après mammectomie sous cutanée bilatérale pour tumeurs bénignes récidivantes à potentialité maligne. Reconstruction réalisée par prothèses d'expansion bilatérales remplacées par des implants définitifs en gel, posés en position rétro pectorale. |
La mammectomie sous cutanée est rarement
indiquée
en cas de cancer du sein. En effet, la nature
histologique de ce cancer.
- tumeur
canalaire – ainsi que sa taille
imposent souvent d’enlever la peau située
immédiatement en
regard de la tumeur, à cause de la fréquence de
l’envahissement
tumoral cutané adjacent.
Par contre, j’insiste sur la nécessité
d’informer
sa patiente sur la possibilité d’une indication de
mammectomie sous
cutanée de manière préventive sur le sein
opposé au
sein déjà malade, connaissant la fréquence de
l’évolution
vers la bilatéralisation de certains types de cancers.
Il faut également insister sur la mammectomie sous cutanée
bilatérale
préventive quand les risques de cancer sont très
élevés
notamment dans certaines formes familiales, ou sur des seins
opérés
de nombreuses fois de tumeurs encore bénignes mais susceptibles
de se cancériser. On peut même penser, en accorde avec le
docteur
Jacques LEDUCQ,
chirurgien carcinologique,
que la mammectomie sous cutanée verra ses indications
préventives
s’accroître quand les gênes codants de certaines
tumeurs du
sein seront connus, on pourra alors affirmer que telle femme
encore indemne, va
développer
tel cancer. L’exérèse préventive du sein par
mammectomie
sous cutanée sera alors obligatoire.
La reconstruction après mammectomie sous cutanée est
réputée
difficile.
En fait, la difficulté n’est pas technique : il est
possible d’obtenir
d’excellents résultats esthétiques à
condition de
procéder à une reconstruction en deux temps, imposant une
expansion
tissulaire puis la pose de prothèses mammaires
définitives.
En fait, le problème de cette intervention est le plus souvent
psychologique : il faut sélectionner
rigoureusement sa patiente et bien analyser son désir et son
degré d’information
et de compréhension. En effet, quoi que l’on fasse, les
seins reconstruits
après mammectomie n’auront jamais le naturel des seins
préexistants.
Néanmoins, il est logique d'informer sa patiente dans les cas qui
viennent d’être évoqués,
de l'existence de ce type d'intervention
même si de nombreux médecins et chirurgiens ne sont pas en
faveur
de cette mammectomie sous cutanée préventive. En dernier
lieu,
c’est toujours à la patiente, bien informée et
responsable
qui doit décider.
La
reconstruction du sillon sous
mammaire
L’obtention d’un sillon sous mammaire harmonieux
ressemblant au sillon sous mammaire du sein contro latéral est un
élément très important de la reconstruction mammaire
par
prothèse. Si l’on excepte la reconstruction d’un petit
sein
non ptotique, la création d’un néo sillon sous mammaire
est, à mon
sens, presque systématique. 
En cas de reconstruction mammaire par lambeau, le positionnement
adéquat
reconstruit spontanément ce sillon.
En revanche, en cas de reconstruction mammaire par prothèse, la
reconstruction
du sillon sous mammaire est réalisé par voie interne, sans
complément
cicatriciel cutané et , lors du 2ème temps opératoire
consacré au remplacement
de la prothèse d’expansion par la prothèse
définitive.
La technique a pour but d’accoler la face dermique profonde de la peau
au fascia du muscle profond :
recouvert de la membrane péri prothétique néo
formée lors de l'expansion de la peau par la prothèse
gonflable : huit à dix points de fils non résorbables
sont nécessaires pour reconstruire un sillon harmonieux.
La difficulté se concentre sur trois points :
- déterminer le niveau
exact du néo sillon sous mammaire ;
- lui redonner une courbure
harmonieuse identique à celle de l’autre sein ;
- déterminer
exactement
le volume et la forme de la prothèse définitive, car la
création
de ce néo sillon impose de choisir une prothèse moins
haute, moins projetée
et donc moins volumineuse (10 à 15%) afin d'obtenir un pôle
superficiel du sein reconstruit très naturel.
La
reconstruction bilatérale
Les
mammectomies bilatérales ne sont pas rares,
soit
dans le même temps opératoire, soit lors
de
deux temps opératoires plus ou moins
espacés.
L’idéal, quand cela est possible, est de
pratiquer
une reconstruction mammaire par prothèses
identiques de chaque
côté. |

Cet
examen est, comme toujours, très important, car
il
va dicter, en accord avec les désirs de ma
patiente,
le type de reconstruction à effectuer.
L’examen
clinique de
la reconstruction mammaire combine les examens
cliniques déjà
détaillés lors :
- de
l’hypotrophie mammaire : du
côté mammectomisé ;
- de
l’hypertrophie
mammaire : du côté du sein à
symétriser
;
- de
la
plastie abdominale : en cas d’indication de
lambeau
de grand droit. |
Certains
points méritent d’être
précisés
:
- la
date et les modalités des interventions
initiales
: biopsie, tumorectomie, mammectomie, curage
axillaire.
Le poids exact de la pièce de mammectomie
doit être
noté car il orientera le volume de la
prothèse
définitive ;
- les
modalités des traitements
complémentaires éventuels
;
- la
cicatrice de mammectomie : aspect,
largeur, longueur, adhérences profondes,
qualité (hypertrophique
ou non), dépression pectoro-axillaire ;
- la
qualité de la peau : épaisseur et
régularité du
pli cutané ;
-la
qualité du muscle grand pectoral: épaisseur et
régularité
;
- qualité des
centres où ont été
effectués
les traitements
complémentaires : radio et chimiothérapie et les doses
administrées. Une
radiothérapie complique toujours une
reconstruction
mammaire quelque soit son type ;
- le
traitement hormonal actuel éventuel ;
- l’état
actuel de la surveillance médical et son
rythme
;
- l’état
fonctionnel du muscle grand dorsal ;
- l'évaluation des
facteurs qui rendent l’indication de lambeau
de grand
droit extrêmement prudente voire contre
indiquée
:
- l’état
de la paroi abdominale : cicatrice abdominale
préexistante
verticale ou horizontale aquelque soit sa
situation
;
- absence
de bourrelet cutanéo graisseux ou, au
contraire,
obésité ;
- tabagisme important
;
- diabète
;
- problèmes
vasculaires ;
- âge
avancé » ;
- l’état
physique et psychologique : le suivi
psychothérapique éventuel, et ses
désirs
doivent être minutieusement
précisés.
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Les
examens
complémentaires
Aucune particularité dans ce domaine
à part,
en cas de reconstruction mammaire par lambeau de
grand droit,
l’appréciation de la fonction
ventilatoire et,
selon les résultats, une éventuelle
préparation
respiratoire pré opératoire.
Les
indications opératoires
Elles sont simples, et variables selon les
auteurs.
Pour ma part, la conduite à tenr est la
suivante :
- il
n’existe pas de difficultés ou de
contre
indications abdominales ou
générales à la
reconstruction mammaire par lambeau de grand
droit
et le sein contro latéral est
plutôt volumineux
: l’indication entre reconstruction
mammaire
par lambeau de grand droit et par
prothèses
est discutée avec ma patiente. Je lui
explique
les avantages et les inconvénients de
chacune
des techniques, l’oriente, et en
définitive,
elle choisit ;
- il
existe un risque ou une contre indication
à la
réalisation d’un lambeau de grand
droit
et le sein contro latéral est
plutôt
petit : la reconstruction mammaire par
prothèse
est alors systématique.
Réalisée
en trois temps, rarement en deux temps et
pratiquement jamais
en un temps, elle est volontiers
associée
au gestes suivants : lambeau de grand dorsal
musculaire
pur, traitement de la dépression
pectoro axillaire,
réalisation d’un néo
sillon
sous mammaire. |
Les
indications de reconstruction immédiate ou en
un temps ou par lambeau de grand dorsal musculo
cutané sont,
dans ma pratique, très rares.
Insistons sur la prévention du cancer du sein
par l'auto palpation et la mammographie annuelle, chez toute femme de plus
de 38 ans, voire plus jeune dans les familles à risques (cancer du
sein chez les femmes de la même ligné).
Insistons également , sur un domaine qui m'est
cher : la prévention de la fréquente bilatérisation de
certains types de cancer du sein, devant faire systématiquement
discuter la mammectomie sous cutanée préventive, qui est
vouée, à un bel avenir.
Insistons , enfin, sur l'importance des facteurs
psychologiques, et de la coopération avec des groupes de contacts
réunissant des patientes déjà opérées .
En définitive, la reconstruction mammaire est nécessaire
à la guérison complète autant physique que surtout
psychologique.
Il est important, dans ce domaine, de travailler en
équipe : chirurgien carcinologique, chimiothérapeute,
radiothérapeute , psychologue et chirurgien plasticien. Les
modalités d'une future reconstruction peuvent être
discutés juste après la mammectomie, parfois même avant,
même si une reconstruction mammaire immédiate n'est pas
indiquée.
Il est important, enfin, de faire de la reconstruction
mammaire, non plus seulement une intervention de chirurgie
réparatrice, mais aussi un acte de chirurgie esthétique. Il y
a 20 ans, la reconstruction mammaire était peu demandée. Il y
a 10 ans, d'un simple volume Actuellement , il faut, certes reconstituer un
volume, mais surtout une forme harmonieuse, si possible belle et
symétrique au sein opposé. Ce sein opposé peut
également être embélli de façon variable suivant
les cas : augmentation prothétique, réduction mammaire , ou
simple correction d'une ptose. La patiente qui veut guérir devient
exigeante, et c'est tant mieux !
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