LA
CICATRISATION APRES SUTURE ET
LE LAMBEAU D’ACCOLEMENT DOCTEUR HILLIGOT
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LA
CICATRICE NORMALE
La
cicatrice linéaire, succédant à une
suture, est constituée d’un régénérat
de néo-tissu conjonctif et épidermique,
dont la formation est déclanchée
par le contact entre la matrice extra cellulaire
et les plaquettes, qui libèrent ainsi
leurs granules, source de nombreux phénomènes
inflammatoires.
Dès le début, la cicatrice normale, se rétracte
légèrement, d’autant plus intensément que
la tension sur ses berges est importante, à l’origine, semble
t’il, d’un élargissement de la cicatrice.
A la 3ème semaine, débute une phase d’hyperplasie
cicatricielle, qui est maximale vers le 3ème mois, et est marquée
par un petit bourrelet linéaire rosé, plus ou moins induré,
indolore.
L’hyperplasie normale se résorbe en 3 à 6 mois :
le petit bourrelet s’aplatit et blanchit.
L’aspect de la cicatrice s’améliore pendant encore
un an, aboutissant à un petit trait cicatriciel blanchâtre,
voire une cicatrice quasi invisible, très fine, se fondant dans
la peau claire avoisinante.
Néanmoins, on considère qu’une cicatrice est à maturité un
an après la suture.
LA
CICATRICE HYPERTROPHIQUE
La
cicatrice, au débuté, évolue
normalement. Puis, rapidement, elle devient
hyperplasique, inflammatoire, puis hypertrophique.
Au 3ème mois, l’intensité de
l’hypertrophie peut être très
variable, allant d’un petit bourrelet
linéaire rosé et peu épais
(illustration cicatrice hypertrophique) à une
cicatrice très épaisse, rouge,
débordant sur la peau saine avoisinante
et parfois douloureuse.
La cicatrice hypertrophique évolue, soit vers la résorption
spontanée en
18 mois, soit vers la cicatrice chéloïde.
LA
CICATRICE CHELOÏDE
La
persistance ou l’aggravation d’une
cicatrice hypertrophique après 18 mois
définit la cicatrice chéloïde.
Cette cicatrice est en générale
définitive et n’a aucune tendance à la
résorption.
La pathogénie de ce type de cicatrice reste encore obscure. Les
facteurs favorisants sont les suivants : race noire ou jaune, nourrisson
ou enfant du premier âge, localisation (sternum, moignon de l’épaule,
cou, lobe de l’oreille et partie inférieure du visage).
LE
TRAITEMENT POST OPERATOIRE D’UNE CICATRICE
Après
une intervention, le traitement de la cicatrice
est systématique, de façon à limiter
son caractère hypertrophique, et prévenir
la cicatrice chéloïde.
Divers traitements sont, à mon sens, systématiques, l’élastocompression,
l’application locale de crèmes et l’absence de toute
exposition au soleil :
l’élastocompression
Grâce au soutien gorge et à la gaine abdominale, il existe
une compression de la cicatrice pendant le premier mois qui suit l’intervention.
Cette compression mécanique intervient directement sur les fibroblastes
avec altération du renouvellement du collagène et remodelage
de la matrice extra cellulaire. Il a été démontré,
in vitro, qu’il existe une libération et une activation
de la métallo protéinase matricielle, enzyme qui intervient
dans le remodelage du tissu fibreux. Ce remodelage est délicat
entre la synthèse et la dégradation du collagène
durant toute la phase de maturation.
De plus, il existe une apoptose de l’ADN des myofibroblastes, ce
qui diminue encore la synthèse du collagène de la matrice
extra cellulaire.
Après la phase plaquettaire initiale, on sait que la phase de
prolifération est maximale au 10ème jour post opératoire – du
3ème au 30ème jour –, alors que la phase de maturation
débute en même temps. La compression est, certes faible,
peut être même inférieure à 10 mm de HG, mais
elle me semble, quand même efficace, d’autant que ce taux
minimum d’efficacité de compression reste encore discuté ;
l’application
locale de crèmes
Tous les matins, dès la disparition des croûtes, l’application
locale d’un anti inflammatoire non stéroïdien, l’oxacéprol
(Jonctum à 10% en crème) couplé à l’application,
le soir, de gel de silicone (Dermastix) sont systématiques.
Vers
le 2ème mois, parfois même avant,
en cas d’évolution nette de la cicatrice
sur un mode hypertrophie, je prescris l’application
de ce que j’appelle les « deux crèmes » :
- dermocorticoïde à type de bétaméthasone
(Betneval) à 0,1%, le matin durant toute la première semaine
;
- dermocorticoïde identique mais au dosage 2 fois moins élevé (Diprosone),
toujours le matin, durant la 2ème semaine ;
- enfin, absence de
traitement local durant la 3ème semaine et ainsi de suite.
Cette application le matin est toujours couplée par une application
de gel de silicone le soir.
L’application du dermocorticoïde doit être très
prudente, peu importante, sans dépasser les bords de la cicatrice,
car la peau saine souffrirait alors très rapidement.
La surveillance de la cicatrice traitée par dermocorticoïdes
est fréquente : toutes les trois à six semaines selon les
cas.
Le traitement d’une simple cicatrice hypertrophique dure rarement
plus de trois mois, relayé par l’association Jonctum - Dermastix
jusqu’à sa maturation complète ;
l’absence
totale d’exposition solaire
Le repos solaire de la cicatrice est complet pendant 18 mois. Après
ce délai, une légère exposition, protégé par
un écran d’indice moyen, afin d’éviter tout « coup
de soleil », permet, à mon sens, permet de « gommer » un
trait cicatriciel encore un peu visible.
LE
TRAITEMENT DE LA CICATRICE CHELOÏDE
De
traitement difficile, elle doit d’abord être
prévenue par l’application précoce
de crèmes sur la cicatrice en phase hypertrophique.
En cas d’échec, quelques injections fines, en une à 2
séances, de quelques millilitres d’un corticoïde injectable,
le triamcinolone (Kénakort retard 40mg), peuvent être justifiées.
Néanmoins, ces injections ont toujours tendance à élargir
légèrement le trait cicatriciel.
Après dix huit mois, la cicatrice hypertrophique, si elle persiste,
est appelée chéloïde.Le
traitement de la chéloïde doit être discuté :
- exérèse
intra cicatricielle laissant une fine épaisseur
de cicatrice chéloïdienne sur les tranches
de section, la cicatrice définitive s’avérant
souvent de qualité moyenne et élargie
;
- l’exérèse
intra cicatricielle associée à la
curiethérapie dans la cicatrice. Dans un
tube siliconé est introduit un fil d’iridium
192 qui irradie très localement la fine
couche chéloïdienne restante. Ce traitement
nécessite une parfaite collaboration avec
un centre de radiothérapie spécialisé.
Le tube est enlevé vers le 3ème jour.
Les résultats sont souvent excellents ;
- enfin,
la radiothérapie externe peut également être
envisagée, mais le risque, même minime
de radiodermie, doit rendre son indication exceptionnelle,
malgré des résultats souvent excellents.
La
qualité de la cicatrice reste un des soucis
majeurs du chirurgien, quelque soit sa spécialité.
Afin d’améliorer sa qualité définitive,
j’ai, depuis sept ans, mis en œuvre
une technique de suture radicalement opposée
aux conceptions classiques, appelée lambeau
d’accolement ou lambac.
Il
s’agit d’une technique originale
de suture cutanée poursuivant un double
but :
- éviter
l’élargissement cicatriciel secondaire
très fréquent ;
- réduire
l’hypertrophie cicatricielle et peut être
l’évolution vers la cicatrice chéloïde.
Toute fracture osseuse déplacée nécessite une réduction
et une ostéosynthèse. Si l’on pousse la comparaison
avec la peau, il est clair qu’une fracture cutanée complète
nécessite, certes une réduction, représentée
par le geste de suture classique, mais également une cutanéo
synthèse qui correspond à mon lambeau d’accolement.
Ce lambeau permet d’augmenter temporairement la rigidité et
la solidité du trait cicatriciel en luttant contre la traction
des forces qui ont tendance à élargir les berges de la
cicatrice, à l’origine du déplacement secondaire
et de l’élargissement secondaire.
Les indications de mon lambeau sont multiples : toute suture cutanée
même sans exérèse tissulaire peut faire l’objet
d’un lambeau d’accolement.
RAPPEL
DES TECHNIQUES CLASSIQUES DE SUTURE |
Après
l’exérèse d’une tumeur
cutanée ou d’un lambeau cutanéo
graisseux, les temps suivants sont classiquement
presque toujours les mêmes :
LE
DECOLLEMENT SOUS CUTANE
Ce
décollement est hypodermique, dans la
graisse, permettant le rapprochement des berges
de la plaie qui doivent arriver au contact l’une
de l’autre ;
LA
SUTURE DERMIQUE
Après
hémostase, la suture dermique est effectuée
aux fils à résorption lente ou
semi lente (vicryl, pds ou monocryl) affrontant
les deux berges dermiques, au moyen de points
simples, parfois inversants. Ce plan augmente
immédiatement la résistance et
la rigidité profonde de la suture puis,
secondairement, par néoformation d’une
fibrose ;
LA
SUTURE HYPODERMIQUE
Elle
est plus rarement effectuée sous la forme
de quelques points en X de fils à résorption
lente lorsque l’épaisseur de la
couche graisseuse sous hypodermique l’impose
;
LA
SUTURE EPIDERMIQUE
Elle
est minutieuse, relevant soit de points séparés,
soit d’un agrafage, soit d’un surjet
intradermique en utilisant le plus souvent des
fils de nylon fins.
En définitive, la tension qui s’exerce sur les berges de
la cicatrice est souvent trop élevée et l’élargissement,
même minime, est assez fréquent.
Sa
technique débute par l’incision
initiale de façon atypique.
L’INCISION
DES BERGES
Classiquement,
une incision cutanée est toujours perpendiculaire à la
peau : c’est l’un des fondement de
la chirurgie cutanée. Dans ce concept,
l’incision est oblique avec l’effet
contradictoire d’augmenter la superficie
de la surface de contact entre les deux berges
dermiques et d’enlever un maximum de volume
de tissu dermique.
La réaction cellulaire initiale entre matrice extra cellulaire
et plaquettes est peut être moins forte. Il me semble, néanmoins,
que la phase inflammatoire, puis la phase cellulaire de maturation, s’effectue
selon un mode moins hypertrophique.
LE
DECOLLEMENT
Il
est toujours :
- superficiel
: immédiatement sous dermique et non en
plein hypodermique ;
- large
: 3 à 4 fois la largeur de la perte de substance
cutanée, et ce, de chaque côté ;
- quand
le derme est très épais, dans le
dos par exemple, le décollement peut être
d’abord intra dermique profond, sur quelques
millimètres, avant de passer en sous dermique
superficiel.
Ce décollement permet d’augmenter la laxité tégumentaire.
Il agit à la façon d’une d’expansion tissulaire
interne, abaissant considérablement les fortes tensions contradictoires
dans la tranche de suture.
LA
SUTURE
Elle
est effectuée après une hémostase
soigneuse, et est constituée de deux,
voire de trois plans successifs.
On retrouve, de la profondeur à la superficie :
Le
premier plan profond
Il
est dermo dermique, réalisé au
fil à résorption semi lente 2 ou
3/0 selon les localisations.
Il prend la face profonde du derme à environ 1 cm du bord des
berges de la plaie : de 5 mm à
20 mm suivant l’épaisseur de la peau et l’intensité des
forces contraires exercées au centre de la plaie. Les points seront
naturellement plus proches de la tranche de section aux extrémités
de la plaie qu’au milieu, la où la tension est plus élevée
et, afin d’éviter la formation de bourrelets latéraux.
L’épaisseur des prises dans le derme doit être réglée
sans entrer dans l’épiderme afin d’éviter toute
cicatrice latérale complémentaire.
La tension de serrage doit être assez forte sans être nécrosante.
Elle doit être parfaitement réglée ce qui est le
point capital et difficile de ce type de suture.
L’aspect externe de cette suture est décevant en post opératoire
immédiat : « boudiné » ou véritable
bourrelet qui va s’aplatir, petit à petit, en 4 à 6
semaines.
Le
deuxième plan superficiel
Parfois
inutile quand la peau est fine, il correspond
au plan dermique de la technique habituelle.
Il est réalisé, le plus souvent, au fil à résorption
semi lente, mais de diamètre toujours plus fin que celui pour
le plan profond.
La
suture épidermique superficielle
Elle
est effectuée :
- soit
au fil, par points séparés de nylon
5/0 ou surjet de nylon 4 ou 5/0 ;
- soit
par agrafage fin, minutieux et très superficiel
: les agrafes ne prennent que l’extrémité la
plus fine et la plus distale de l’épiderme
;
- soit
par collage.Il
faut un parfait affrontement des berges, sans
saignement interstitiel afin d’obtenir
un trait cicatriciel post opératoire immédiat
net et très fin.
LE
PANSEMENT
Il
peut être réalisé de 2 façons
:
- soit
le bourrelet externe est petit et le pansement
est habituel : désinfection bétadinée
et application d’une compresse grasse imbibée
de corticoïdes ;
- soit
le bourrelet est volumineux et le pansement est
réalisé en 2 parties, évitant,
au début, de comprimer la zone d’affrontement épidermique
superficielle tout en comprimant, néanmoins, les décollements
latéraux
L’EVOLUTION
L’ablation
des agrafes est précoce : elles sont desserrées
au 4ème. Jour et enlevées au 6ème.
En cas de fils, l’ablation est réalisée au 6ème
jour.
Secondairement, il se produit un aplatissement progressif du bourrelet
cutané en 4 à 6 semaines, parfois plus, dans des cas d’accolement
extrême.
Cet aplatissement résulte d’une dissolution progressive
des fils dermiques profonds, qui se résorbent, et lâchent
petit à petit, rarement brutalement.
Lorsque l’aplatissement s’effectue en moins de 3 semaines,
la technique sera, probablement, inefficace.
Initialement, le trait cicatriciel est très fin, sans réaction
inflammatoire.
Pourquoi ? Au début et pendant 6 semaines il n’existe aucune
tension sur le trait cicatriciel. Le bourrelet le protège. Quand
ce bourrelet disparaît, la traction devient plus importante sur
la suture, mais à ce stade, le derme est très déjà solide.
On est rentré dans la phase de maturation cicatricielle qui vient
après les phases plaquettaires, d’inflammation et de prolifération
cellulaire.
A ce stade, le collagène est déjà organisé en
une structure dense, en constant remodelage et doté d’une
résistance mécanique déjà importante ce qui évite
l’élargissement cicatriciel.
Il me semble également que les cicatrices sont moins hypertrophiques.
En effet, l’hypertrophie est corrélée à :
- un
dépôt excessif de protéines
dans la matrice extra cellulaire, en particulier
de collagène synthétisé par
les myofibroblastes du derme ;
- une
phase d’inflammation persistance ;
- une
fibrose.
En cas d’hypertrophie, le dérèglement du renouvellement
de la matrice extra cellulaire semble corréler à une synthèse
exacerbée de cytokines ou facteurs de croissance : interleukine
1 bêta, facteur de nécrose tumorale alpha, facteur de croissance
des plaquettes et facteur transformant de croissance bêta.
De plus, il semble exister un dérèglement de l’apoptose
des myofibroblastes qui correspond à une mort cellulaire apparente
régulant le passage de l’hyper cellularité cicatricielle à une
phase de maturité et de remodelage. Les myofibroblastes du derme
sont peu à peu en apoptose. ils fabriquent plus de collagène
et inversement.
Il a été démontré, in vitro, que les forces
mécaniques de la compression élastique externe par des
vêtements compressifs provoquent une réponse fibroblastique
avec libération et activation de la métalloprotéïnase
matricielle 9, impliqués dans le remodelage cicatriciel avec diminution
de la synthèse du collagène. Cette enzyme serait présente
mais sous forme inactive de pro enzyme dans toutes les ulcérations.
Elle est libérée par les neutrophiles présents en
trop grande quantité dans les ulcères, et est responsable
avec l’augmentation de l’élastase, de la persistance
des ulcères, qui représentent un type de remodelage complètement
opposé à celui de l’hypertrophie cicatricielle Il
existe, de plus, une apoptose des fibroblastes.
Ces
constatations peuvent éclairer les phénomènes
cellulaires qui pourraient concerner le lambeau
d’accolement. Il est possible, qu’il
soit à l’origine d’une sorte
de compression interne, similaire, mais opposée à la
compression élastique et entraînant
des manifestations cellulaires et immunologiques
assez comparables.
Mon
lambeau est un véritable accolement
dermique, synthèse transitoire, peut être
génératrice d’une maturation cellulaire cicatricielle précoce, et
qui tente à éliminer l’élargissement
secondaire et l’hypertrophie cicatricielle.
Le bourrelet est très bien accepté par
mes patientes et patients qui sont prévenus à l’avance.
Pour son caractère novateur et multiforme, ce lambeau d’accolement
peut prendre le nom de son inventeur : le lambeau d’accolement
d’Hilligot.

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