Patrice Hilligot
La chirurgie intime
 

 

 

PATRICE HILLIGOT
 
LA CHIRURGIE ESTHETIQUE DU NEZ : LA RHINOPLASTIE

INTRODUCTION

Le nez, constitué de deux fosses nasales est le premier conduit des voies aériennes. Son importance est :

- esthétique : entrant dans l’harmonie du visage ;
- fonctionnelle : intervenant dans la fonction respiratoire et olfactive.
Si l’on excepte certains pans de la chirurgie de la cloison, le volet fonctionnel est réservé aux chirurgiens ORL. Seul le domaine esthétique intéresse le chirurgien plasticien.

LES CRITERES ESTHETIQUES PRINCIPAUX ET LES ANOMALIES MORPHOLOGIQUES ESSENTIELLES

L’analyse de ces quelques critères de base me parait essentielle pour harmoniser le nez au reste du visage.

De face :

- les bords lat éraux du nez doivent compléter vers le bas la courbe des sourcils jusqu’à la projection de chaque dôme. Toute rupture de cette harmonie est fâcheuse et doit être corrigée ;
- la largeur du nez doit classiquement s ’intégrer entre les deux lignes verticales et parallèles descendant de l’angle interne de chaque œil ;
- la pointe du nez doit « accrocher » la lumière et être très précisément défini par un triangle équilatéral entre les deux dômes et la jonction entre pointe et columelle vers le bas;
- l’épaisseur des ailes et de la racine du nez doit rester raisonnable.


De profil :

- la bosse osseuse ou ost éocartilagineuse est gênante quand elle est très prononcée ;
- la pointe du nez « tombante » ou nez trop long est, en revanche, toujours d’un effet peu flatteur, surtout si cette ptose est accentuée au sourire ;
- la pointe du nez peut également être trop projetée surtout quand l’épine nasale est proéminente ou bien, à l’inverse, insuffisamment projetée avec une columelle courte ;
- une bosse ou une pointe élargie peuvent, à mon sens, s’harmoniser à certains types de visage. En revanche, une pointe tombante est toujours d’un effet fâcheux. Parfois, le seul fait de remonter la pointe de quelques millimètres suffit à redonner une certaine beauté au visage. C’est, à mon sens, avec la définition de la pointe, le geste capital et parfois difficile de nombreuses rhinoplasties ;
- enfin, un angle naso frontal absent ou trop accentu é et un angle naso labial inférieur à 90° ou supérieur à 115°, sont parfois également à corriger.

A chacune de ces anomalies morphologiques correspond une base thérapeutique simple. cependant, l’obtention d’un résultat d’une grande finesse exige l’habilité d’un chirurgien compétent, expérimenté et en perpétuel questionnement.

L’épaisseur et la nature sébacée de la peau nasale guident souvent les possibilités thérapeutiques : une peau épaisse doit imposer la prudence dans l’importance des exérèses de cartilage afin d’éviter les complications telles le nez rond et le « bec de corbin », nécessitant une rhinoplastie secondaire avec greffe cartilagineuse.


LES DIFFERENTS TEMPS OPERATOIRES

La voie d’abord

Elle peut être muqueuse par incision muqueuse dans la narine à 5 mm de son rebord externe, ou cutanée externe, sur la columelle (voie de Réthi), se poursuivant par une voie muqueuse intra narinaire traditionnelle. Cette voie est de plus en plus utilisée car elle permet une parfaite exposition des lésions à corriger, notamment de la pointe.

La bosse

Fréquente, elle est constituée par un excès osseux relatifs aux os propres du nez, prolongée ou non vers le bas par un excès cartilagineux aux dépens du cartilage triangulaire.
Sa correction repose par un simple râpage si cette bosse est peu développée ou par une exérèse au ciseau à os, (identique au ciseau à bois), si la bosse est volumineuse.
Après exérèse de cette bosse, l’arête nasale s’aplatit et doit être affinée par des fractures latérales des os propres du nez. La qualité de ces fractures est un des temps primordiaux de l’intervention. La fracture au ciseau frappé, est commencée en bas, près du vestibule narinaire, en dehors de l’orifice pyriforme, après une incision muqueuse profonde et un dépériostage du futur trajet. Ce trajet est bas situé sur le maxillaire supérieur et remonte presque verticalement jusqu’à l’angle interne de l’œil.
Selon une technique originale, le temps complémentaire de fracture horizontale et haute est pratiqué par l’intermédiaire d’une minuscule incision glabellaire après ablation des « coins osseux » frontaux supérieurs et fracture sagittale para médiane prolongeant les coins osseux vers le front.
De la qualité de ce petit trait de fracture haut situé dépend la qualité et la régularité du rapprochement des deux volets osseux des os propres du nez qui doit se faire en souplesse (fracture en « bois vert ») en poussant les volets vers l’intérieur.
L’harmonisation des deux bords latéraux du nez avec l’orientation des sourcils est alors évidente.

L’excès de projection de pointe

La correction de la bosse a tendance à accentuer la projection de la pointe qui est corrigée par une résection-suture de fragments de cartilages alaires dans la narine et de cartilages appelés crus mésiales dans la columelle de chaque côté.
La longueur de la résection varie de 2 à 3 mm, en fonction de l’importance de l’excès de projection et également en fonction de l’épaisseur de la peau.
Les bords antérieurs des cartilages triangulaires et du septum doivent aussi être réséqués et harmonisés.

Le nez tombant par « excès de longueur »

Ce défaut est classiquement corrigé par l’exérèse triangulaire ou rectangulaire du bord inférieur de la cloison, au niveau de la columelle et par la résection des bords inférieurs des cartilages triangulaires. Le premier geste est souvent insuffisant, d’autant que le second semble extrêmement imprudent d’un point de vue fonctionnel. En effet, le premier étage de la fosse nasale est le vestibule qui s’étend de l’orifice narinaire au bord inférieur du cartilage triangulaire, formant le plica nasi et constituant une véritable valve nasale. Une résection trop importante du bord inférieur des cartilages triangulaires peut être à l’origine d’une gêne fonctionnelle pot opératoire.
Plus souvent, la correction du nez tombant, à mon sens, par la mise en place, à l’intérieur de la columelle, d’un fragment de cartilage appelé étai columellaire, qui repose en profondeur sur l’épine nasale du maxillaire supérieur et est suturé aux crus mésiales.

Les narines épaisses

Elles sont corrigées par une exérèse de cartilage alaire de plusieurs millimètres, de façon à conserver une largeur restante d’au moins 5 à 6 mm.

La pointe épaisse et large

Sa correction repose en priorité sur :
- l’exérèse de cartilage des crus mésiales du dôme en continuité avec l’exérèse précédente qui désépaissit les narines ;
- la suture délicate des cartilages alaires du dôme l’un contre l’autre ;
D’autres techniques sont parfois réalisables telle la fragilisation du dôme cartilagineux par de petites incisions diverses et variées et l’insertion sous le dôme cartilagineux d’une petite greffe, notamment en forme de cœur, appelée greffon de pointe de Sheen qui projette et défini la pointe.

La déviation de la cloison

Divers types de déviations existent : concave dans le sens horizontal ou concave dans le sens vertical, voire association des deux. La correction habituelle est assurée par une fragilisation hélicoïdale, associée à une désinsertion de la base de la cloison au niveau du vomer. En revanche, en cas de déviation angulaire oblique de la cloison, une narine est obstruée par le bord antérieur luxé de cette cloison, l’autre narine par l’angle septal saillant. Le traitement le plus simple est la dépose des deux fragments luxés et leur suture au moignon septal restant.

La largeur des narines

C’est le domaine des résections cutanées sur l’orifice narinaire, plus ou moins prolongées vers la muqueuse interne du vestibule. Très variées, elles sont adaptées à chaque type d’anomalies.
La cicatrice résiduelle est située dans le sillon péri alaire et est invisible.

L’angle naso labial

Il peut être trop fermé, ou, inversement, trop ouvert :
- trop fermé, il est corrigé par une greffe cartilagineuse suppléant une épine nasale défaillante ;
- trop ouvert, c’est l’épine nasale trop saillante qui doit être en partie réséquée ;

La déviation de l’axe du nez

Suite à une fracture mal réduite, elle est corrigée par des fractures osseuses adaptées à chaque cas et un repositionnement éventuel de la cloison.

Le nez rond et « bec de corbin »

C’est une séquelle assez fréquente d’une première rhinoplastie. Il y a souvent eu un excès de résection muqueuse ou cartilagineuse. Le traitement passe donc par des greffes de cartilage prélevées sur la cloison ou dans l’oreille (cartilage conqual). Rarement, c’est un défaut de résection antérieur des triangulaires et du bord antérieur du septum dans le prolongement inférieur de la bosse qui a été insuffisant. Son traitement est alors aisé.

Les nez ethniques

Chez les noirs ou les asiatiques, ce type de nez est marqué par l’importance de l’épaisseur de la peau et le défaut de projection de la pointe. Il faut, là aussi, greffer du cartilage : étai columellaire, greffon de pointe, et greffon sur l’arête nasale, sont le plus souvent utilisés. Les prothèses synthétiques, notamment en silicone, sont, à mon sens, contre indiquées dans le nez à cause d’un risque de rejet trop important. Quand la quantité de cartilage à utiliser est importante, la prise est effectuée sur les derniers cartilages costaux.

 DEROULEMENT DE L'INTERVENTION

Il est d’abord général, débutant par un interrogatoire qui précise :

la date d’apparition de la gêne esthétique, afin de définir la durée de la maturation décisionnelle;
l’analyse exacte faite par la patiente ou le patient des anomalies morphologiques nasales qui les dérangent. La réelle motivation est souvent en rapport avec la précision de cette description. Il faut se méfier des vague « j’aimerai changer de nez », ou « mon nez ne me plait plus », sans description définie des défauts. Une lente et patiente maturation décisionnelle doit logiquement conduire à une connaissance précise de ces propres anomalies morphologiques nasales. L’écoute attentive, l’analyse du patient permet de dresser les indications thérapeutiques, d’autant plus facilement que le chirurgien est en accord avec cette analyse. Quand cette convergence d’idée survient d’emblée, le contrat patient-chirurgien conduit inévitablement à la réussite de l’intervention qui tient autant du domaine physique que du domaine psychologique ;
il est important, particulièrement dans ce type de chirurgie, de bien cerner psychologiquement la patiente qui est devant vous. Plusieurs consultations sont parfois nécessaires. En revanche, il me parait hasardeux d’opérer une rhinoplastie après 45 ans, sauf pour des défauts mineurs, particulièrement chez les hommes : quelqu’un qui souffre d’imperfection nasale est en règle générale opéré avant cet âge. A noter que l’élasticité de la peau diminuant avec l’âge, la qualité du résultat de la rhinoplastie est souvent moins bonne chez une personne âgée ;
une gêne fonctionnelle éventuelle est notée et quantifiée ainsi que les traitements intra narinaire qui ont pu être déjà effectués. Parfois, une consultation avertie auprès d’un véritable ORL s’avère judicieuse ;
dans certains cas, le patient a déjà été opéré il est rare de récupérer son compte rendu opératoire ; en revanche, les photos initiales conduisent à préciser les fautes d’indication ou de technique qui ont entravé le résultat. La dissection complète du nez est toujours alors compliquée par une fibrose résiduelle et bien souvent, c’est un excès de résection cartilagineuse ou muqueuse qu’il faut corriger.


L’examen nasal se focalise sur :

l’épaisseur de la peau et sa nature sébacée ou non, conditionnant largement la finesse de résultat final. La redéfinition de la pointe nasale est plus difficile à obtetnir sur une peau épaisse. L’exérèse cartilagineuse doit être parcimonieuse et la projection nasale au centre du débat. Le greffon de pointe est dans ce cas très intéressant ;
l’état de la cloison lors de la rhinoplastie, sa fragilisations nécessaire à la réduction d’une déformation, affaiblie son rôle de soutien de pointe et de rigidité de la columelle. L’état de la cloison doit être au mieux apprécié par une rhinoscopie pré opératoire ;
l’état des os propres du nez : leur taille, leur épaisseur, leur résistance, leur régularité et la divergence de leur plan sont appréciés, au mieux, par l’examen clinique, et des radiographies. Le temps de fracture osseuse doit être anticipé et précisé car son importance dans le résultat final est capitale. Des fractures parfaites rendent souvent inutile la greffe cartilagineuse sur l’arête nasale, geste, à mon sens, au combien aléatoire ;
l'analyse de la bosse doit être osseuse, ou ostéocartilagineuse, parfois associée à des déformations latérales qui seront préalablement râpées ;
les angles : naso frontal et naso labial sont évalués tant dans leur niveau que dans leur profondeur ;
les antécédents médicaux chirurgicaux et allergiques sont également notés ;
le bilan biologique est complet ainsi que le bilan cardiaque et anesthésique.



  L'INTERVENTION

EN PRE OPERATOIRE

Il faut vérifier l’absence de rhinite et d’infection cutanée nasale.
L’entrée à la clinique s’effectue le matin ou la veille de l’intervention.
La patiente ou le patient doit être à jeun : n’avoir ni mangé, ni bu, ni fumé depuis minuit la veille.
Il faut vérifier l’absence de prise de médicament contenant de l’aspirine.
La prescription d’anxiolytiques quelques jours avant l’intervention est parfois fort judicieuse.

LE DEROULEMENT DE L’INTERVENTION

L’anesthésie est générale avec intubation orale et mise en place d’un packing par la bouche.
L’infiltration est un temps important car il permet une dissection complète et précise non hémorragique. La xylocaïne à 1% adrénalinée est utilisée pure en sous muqueux et diluée de moitié en sous cutané.
L’incision est souvent située sur la columelle, quasi invisible, selon la technique de la voie ouverte de Réthi. Cette incision se prolonge à l’intérieur du vestibule narinaire sur son versant muqueux.
Les différents gestes sont pratiqués après une dissection sous muqueuse précise et atraumatique des alaires, des dômes, et du septum. Les réductions cartilagineuses sont exécutées puis, la résection de la bosse et les diverses fractures osseuses sont réalisées.
L’exérèse de muqueuse est habituellement peu importante voire inutile. Sa suture est effectuée par points séparés de fil à résorption 4/0.
Parfois, une exérèse prudente de l’excès cutané narinaire est effectuée en fin d’intervention.
Le méchage par une seule mèche est effectué par les narines.
De petites bandes collantes modèlent le nez à même la peau et un plâtre nasal ou une attelle adaptée comprime légèrement le nez et le modèle. Une compresse est appliquée à l’extérieur des narines.
Des antalgiques et des anti inflammatoires sont systématiques.
La surveillance post opératoire en salle de réveil pendant plusieurs heures par un personnel qualifié est complétée, dès le retour en chambre, par la surveillance d’un personnel infirmier compétent.

EN POST OPERATOIRE

A la clinique :

Reprise des traitements habituellement pris dès le lendemain de l’intervention avec l’accord de l’anesthésiste ou du chirurgien.
Ablation habituelle de la mèche à la 24ème heure puis, sortie de la clinique.
L’ablation de cette mèche, le plus souvent indolore, crée parfois un petit saignement qui nécessite d’observer la position allongée pendant un quart d’heure. Rarement, un saignement important impose la remise en place d’une mèche pendant quelques jours. En cas de problème de cloison important, la mèche peut être laissée 4 à 5 jours en post opératoire, ce qui est toujours assez difficile à supporter à cause d’écoulement postérieur dans la gorge.

Après la sortie :

Aucune instillation dans les narines n’est nécessaire.
Une ecchymose palpébrale ainsi qu’un œdème est très fréquent quand des fractures osseuses ont été effectuées. Ils diparaissent en trois semaines. Parfois, il existe une rougeur conjonctivale.
Il faut éviter le sport pendant 2 mois et tout traumatisme nasal ainsi que le port de lunettes pendant une quinzaine de jours.
Le plâtre ou l’attelle sont enlevé en général, à l’issue de la première semaine.
L’opéré doit être prévenu que l’aspect est, au début, peu flatteur et même parfois choquant : la pointe est souvent trop relevée, l’angle naso frontal comblé et surtout la racine et le dos du nez sont élargis de même que la pointe. Cet œdème ne disparaît que très progressivement, l’aspect devenant convenable le 2ème mois et définitif au 8, voire parfois un an après l’intervention ;
La prescription d’anxiolytique après l’intervention peut être judicieuse car il se produit souvent une dépression post opératoire passagère.
Les retouches après ce type d’intervention, sont assez fréquentes (environ 1 cas sur 10) et ne peuvent être réalisés qu’au terme d’un an.

 CONCLUSION

La rhinoplastie est une très belle opération aux résultas magiques car sans rançon cicatricielle visible.
Il ne faut surtout pas oublier qu’il s’agit d’une intervention difficile, devant être confiée à un chirurgien entraîné, et toujours en état de questionnement afin d’améliorer constamment sa technique et ses indications petit à petit, détail par détail.
Le contrat et la compréhension entre le patient et son chirurgien est une base de la réussite de cette chirurgie, en sachant que des retouches sont plus fréquentes qu’ailleurs.

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Docteur PATRICE HILLIGOT - Chirurgie esthétique, plastique et reconstructrice

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