La
calvitie masculine résulte de la perte
progressive des cheveux au niveau de zones « privilégiées » :
vertex (sommet du crâne front), tempes
et front (golfes fronto temporaux).
Une calvitie débutante est difficile à définir et à classifier,
car la normalité n’existe pas. A mon sens, c’est l’impression
visuelle de la chevelure qui prévaut car la densité et
le nombre de cheveux au cm2 varient considérablement chez un sujet
normal (de 200 à 400 cheveux au cm2).
Le cheveu est constitué de 2 parties :
une tige externe
qui est sa partie visible ;
une racine interne
qui correspond à sa partie implantée obliquement dans
le cuir chevelu. Son extrémité profonde est renflée
en bulbe et creusée d’une papille. A ce niveau, des
cellules souches permettent une régénération
constante du cheveu, théoriquement durant toute la vie.Normalement,
les cheveux tombent puis repoussent selon un cycle pilaire qui dure
environ 3 ans. L’analyse microscopique des cheveux, appelée
trichogramme, permet de distinguer trois phases de développement
:
anagène,
de croissance ;
télognène
de pré chute ;
catogène,
de chute ;
et
enfin, les cheveux dystrophiques.
Classiquement, il semble qu’une chute normale corresponde à la
perte de 50 à 100 cheveux par jour, ce qui me parait un peu trop
important.
Le cheveu repousse en moyenne de 0,35 à 0,45 mm par jour. A partir
de 30 ans, le pourcentage de cheveu en phase anagène qui est de
80%, commence à diminuer et la chevelure tend alors à ce
clairsemer. Une calvitie se développe, le plus souvent, petit à petit.
Elle respecte les cheveux de la couronne pariéto-occipitale ou
couronne hippocratique. Cette couronne se mesure entre le bord supérieur
de l’implantation supérieure de l’oreille et l’extrémité supérieure
chevelue de la couronne.
La calvitie touche essentiellement l’homme. Classiquement, elle
serait, le plus souvent, d’origine andro génétique
par anomalie des récepteurs des racines pileuses aux hormones
mâles et par prédisposition génétique familiale.
En fait, on ne sait que peu de chose et le traitement éthiologique
reste à découvrir. En revanche, son retentissement psychologique
est bien connu et toujours présent, même chez des hommes
qui n’attachent que peu d’importance à leur apparence.
Peut être, l’effet de la pesanteur intervient-il, qui, lentement,
nous renvoie vers le sol ? Quoi qu’il en soit, peu d’hommes échappent
au traumatisme, plus ou moins dévoilé, engendré par
cette chute, même si, en définitive, trop peu d’hommes
consultent.
Le but du traitement est de transférer les cheveux de la couronne
qui ne tomberont jamais, sous forme de greffes ou de lambeaux, sur les
zones dégarnies ou glabres qui définissent la calvitie.
Certains éléments cliniques me semblent importants à connaître
:
INTERROGATOIRE
Il est complet précisant :
- âge,
tare, antécédents médicaux et
chirurgicaux notamment concernant des séances
d’implantations capillaires préalables
qui peuvent rendre impossible certains types d’interventions
chirurgicales ;
-prise
médicamenteuse éventuelle ;
- date
du début de la chute, son intensité,
son évolutivité. Combien y a t il
de cheveux le matin sur l’oreiller ou après
le bain ?;
- antécédents
familiaux de calvitie : père, grand père,
frère ;
- les
habitudes de lavage des cheveux : fréquence
et type de shampooing utilisé ? Lotion éventuellement
capillaire utilisée ?
L’EXAMEN
CLINIQUE
Il est toujours complet.
Sur le cuir chevelu, la calvitie est mesurée précisément
et photographiée. La couleur des cheveux, leur épaisseur,
leur densité ainsi que leur aspect frisé ou raide sont
notés.
La couronne est mesurée et étudiée de la même
façon.
La laxité du cuir chevelu dans le sens vertical et horizontal,
est précisée.
Le trichogramme, qui est l’étude microscopique des cheveux,
ne me semble pas d’un intérêt majeur et peut être
même déstabilisant psychologiquement.
La motivation réelle et le terrain psychologique du patient doivent être évalués,
l’intégration sociale et la vie de famille connues.
Un bilan biologique complet est nécessaire.
Outre le dosage du cholestérol et de la glycémie, le bilan
hormonal, à partir de 45 ans, est également judicieux.
Il permet d’évaluer l’intensité de l’andropause
et de la chute des hormones mâles dont la baisse ne semble pas
corréler à un arrêt de la chute des cheveux.
Le bilan prostatique peut être nécessaire, notamment le
dosage des PSA.
A partir de 40 ans et même chez les sportifs, un bilan cardiovasculaire
est opportun.
Enfin, il faut rappeler également, en marge de cette question
des cheveux, qu’une coloscopie doit être pratiquée à partir
de 50 ans et répétée régulièrement,
le cancer du colon restant le cancer le plus fréquent chez l’homme.
Le
traitement de la calvitie est avant tout du
domaine chirurgical. Nous verrons d’abord
les différentes techniques puis, leurs
indications.
LES
GREFFES DE CHEVEUX
Ces
greffes sont en fait des greffons composés
de cuir chevelu, chacun constitué de peau,
de bulbes pileux et de graisse sous cutanée.
Ils prennent la forme de cylindres, de 3 ou 4 mm
de diamètre, qui sont prélevés
au punch. Ailleurs, chaque prélèvement
est très fin, folliculaire, contentant un,
deux, voire trois bulbes au maximum. Le prélèvement
s’effectue sur la couronne hippocratique dont
les cheveux, moins sensibles aux hormones mâles,
ne tombent jamais. Le prélèvement est
parallèle à la direction des cheveux.
Le nombre de cheveux dans chaque greffon est très
variable : de 1 à 15 selon le diamètre
du punch qui, à mon sens, ne doit pas dépasser
4 mm.
Les prélèvements sont espacés de 5 mm et laissés
en cicatrisation dirigée ou suturés. Ailleurs, c’est
une bande horizontale de 1,5 à 2 cm de hauteur et 15 cm de longueur
qui est prélevée sur la couronne en arrière de l’oreille
puis suturée en 2 plans. Les greffons sont alors pris sur cette
bande.
Ces greffons sont implantés en zone glabre de deux façons
: soit par l’intermédiaire de punch de diamètre légèrement
inférieur à ceux utilisés lors de la prise et suivant
une direction adaptée à la pousse habituelle des cheveux,
dans la zone considérée, soit, pour les implants folliculaires,
par puncture au bistouri et dilatation par des dilatateurs. Les cheveux
greffés tombent en trois semaines et commencent à repousser
vers le troisième mois. La séance suivante est possible
six mois après la première.
L’efficacité des greffons dépend de leur pouvoir
de couvrance, c'est-à-dire de la qualité des cheveux de
la couronne, (les cheveux noirs ou frisés couvrant mieux que les
cheveux blonds), de leur densité au cm2 et de leur diamètre.
Plus on se rapproche de la lisière chevelue antérieure,
plus la taille des greffons implantés doit être fine pour
terminer, sur la lisière frontale antérieure visible et
sur les golfes par une bande de greffes folliculaires très fine
(1,2 ou 3 bulbes par greffon) : l’aspect obtenu sera naturel.
Il faut conserver la forme des golfes frontaux et ne jamais chercher à les
combler de façon plus ou moins rectiligne.
Il faut également éviter l’élargissement dans
les zones de prise du greffon, surtout chez les blonds, et anticiper
la chute des cheveux afin que les greffons soient bien pris dans les
zones où les cheveux ne tomberont jamais.
Enfin, la prise des greffons contre indique bien souvent tout autre type
de traitement chirurgical de la calvitie.
LA
REDUCTION TONSURALE
Il
s’agit de réduire la calvitie
par exérèse de languettes
de peau glabre qui sont remplacées
par de la peau chevelue. Plusieurs formes
d’exérèse tonsurale
sont théoriquement possibles.
Pour ma part, je privilégie l’exérèse
fusiforme longitudinale antéro
postérieure, se recourbant vers
l’intérieur, dans la région
occipitale. Trois temps opératoires,
deux d’un côté et
un de l’autre, sont le plus souvent
nécessaires. Le résultat
est variable suivant la laxité du
cuir chevelu. Un cuir chevelu très
laxe peut autoriser une exérèse
de 3 cm de largeur à chaque temps
opératoire. J’effectue un
décollement très large
du côté chevelu, en sous
galéal, et sectionne prudemment
la galéa de manière longitudinale
ainsi que son point d’attache osseux
externe, gestes permettant d’accroître
la laxité cutanée.
Du côté glabre, quelques millimètres de décollement
suffisent. La fermeture est effectuée solidement suivant
mon lambeau d’accolement en 2 plans.
L’implantation des cheveux en tourbillon dans la zone postérieure
nécessite des plasties cutanées complémentaires
de transposition afin de masquer la cicatrice postérieure.
Les résultats de ces réductions tonsurales sont habituellement
excellents. |
L’EXPANSION
TISSULAIRE
Elle consiste à expandre le cuir chevelu au moyen d’une
ou plusieurs prothèses gonflables, placées sous la galéa
et gonflées progressivement. C’est une excellente méthode
en cas d’alopécie cicatricielle chez le brûlé,
mais chez un patient normalement occupé, les 2 à 3 mois
de gonflage et la déformation du cuir chevelu qui en résulte,
rendent cette technique inadaptée, sauf exception.
Les expanseurs cutanés sont des dispositifs placés sous
la peau et qui l’étendent, par l’intermédiaire
de crochets. Leur but serait d’augmenter la largeur théoriquement
possible des
excisions, par exemple lors d’une réduction tonsurale. Ils
sont peu employés car nécessitent un temps supplémentaire
de pose avec tous les risques septiques inhérents à l’implantation
sous la peau d’un matériel étranger, en contre partie
d’une efficacité qui semble encore devoir être démontrée
plus précisément.
LES
LAMBEAUX
Le but initial des lambeaux de cuir chevelu est de recréer une
ligne chevelue frontale antérieure, partielle ou totale.
Si les cheveux sont portés longs, ils couvrent vers l’arrière
la calvitie ou bien ce rôle est dévolu à des greffons, à d’autres
lambeaux ou à des réductions tonsurales
Le lambeau de J.C. Dardour me semble le mieux adapté. La peau
chevelue est prise dans la région temporale, en avant de l’oreille.
Le pédicule de 3,5 cm de largeur est supérieur puis il
descend sur 10 à 15 cm, verticalement, en se rétrécissant.
Sa pointe inférieure se recourbe vers l’avant et s’élargit.
Le prélèvement en un temps et la direction finale de l’implantation
des cheveux vers l’avant sont des arguments convaincants. En revanche,
s’il est exécuté de façon bilatérale,
la direction des cheveux ne s’harmonise pas. Son indication doit
donc être unilatérale, en suivant la courbure du golfe frontal
et en prévoyant une greffe capillaire très fine sur quelques
millimètres en avant de sa cicatrice antérieure.
Le résultat est d’autant plus flatteur que le cuir chevelu
est laxe, autorisant une fermeture sans tension et invisible de la zone
de prise, en avant de l’oreille. Certains auteurs ont associé ce
lambeau au lifting cervico facial, ce qui me semble une idée intéressante,
afin d’utiliser, au mieux, l’excès de peau chevelue
habituellement réséqué dans la région temporale
au cours de tout lifting cervico facial.
Elles
sont variables suivant :
l’âge
et le désir du patient ;
l’évolutivité,
le type et la surface de la calvitie ;
la
qualité des cheveux restants : diamètre,
densité et couleur.
Dans tous les cas, certaines règles d’hygiène, dont
certaines sont très personnelles, subjectives et non prouvées,
sont à mon sens importantes:
- shampooing
quotidien sans frotter ni traumatiser
les cheveux, mais en massant doucement
le cuir chevelu
- utilisation
de shampooing doux en évitant
les shampooings spécialisés
type anti chute, cheveux gras, cheveux
secs… ;
- changer à chaque
lavage, de marque de shampooing ;
- éviter
les brushings qui assèchent
et traumatisent les cheveux, la poussière,
les casquettes trop serrées,
l’exposition solaire ;
- hydrater
régulièrement les cheveux
au mieux grâce à une pulvérisation
d’eau thermale ;
- adapter
la longueur des cheveux à leur
capacité de pousse et toujours
faire appel à une coiffeuse
ou un coiffeur qui saura au mieux tirer
partie des cheveux restants, harmonisant
la coupe à la forme du visage.
Certains
traitements médicaux peuvent être
tentés :
- la
vitamine B6 (Cystine B6 Bailleul ou Bépanthène)
en comprimés et en cure de quatre à six
semaines, ou encore l’injection
intra musculaire de vitamine B6 (Bépanthène)
au rythme de trois fois par semaines
sur 6 semaines, les cures étant
renouvelées deux fois par an ;
- le
minoxidil en lotion peut être
efficace et stopper la chute, tout
en ayant tendance à graisser
la chevelure. Son succès condamne
le patient à un traitement à vie
;
- le
finastérite
- le
finastéride (Propécia)
peut également être
essayé. Son efficacité est
parfois remarquable, même sur
la repousse du cheveu, mais seulement
après un an de traitement.
Il est à noter que certains
ont pu constater une baisse de la
libido, ce qui, dans mon expérience,
est rare et semble avant tout d’ordre
psychologique ;
- enfin,
je pense personnellement et subjectivement,
que la DHEA, chez le patient d’âge
mûr, en présence d’un
taux sanguin d’hormones mâles
bas et confirmé, et en l’absence
de contre indication d’ordre
prostatique, peut être également
tentée, même s’il
peut paraître contradictoire
d’augmenter le taux d’hormone
mâle en matière de chute
de cheveu. |
Quand
ces mesures d’hygiène sont respectées
et que les traitements médicaux sont
insuffisants, un plan thérapeutique chirurgicale de la calvitie
est habituellement le suivant :
réduction
tonsurale itérative : deux à trois
temps opératoires espacés
chacun d’environ 3 mois ;
puis,
greffons antérieurs devenant de
plus en plus fins quand on se rapproche
de la ligne chevelue frontale afin d’éviter
l’aspect de « cheveux de poupée » ;
parfois,
un lambeau temporal, unilatéral,
peut être judicieux mais toujours
noyé dans greffons, car une
cicatrice frontale antérieure
non masquée est, à mon
sens, toujours visible et peu naturelle.
Il
n’existe pas une technique pour traiter
une calvitie mais de nombreuses techniques chirurgicales.
La « dermatologie capillaire spécialisée » est
donc à proscrire. Certains médecins
ne font que des greffons ce qui est insuffisant à double
titre :
d’abord,
sur certains types de cheveux blonds,
les greffons seuls ne donneront jamais
de résultats satisfaisants. En
effet, comment avec au plus 5 000 cheveux
transplantés peut on combler efficacement
une calvitie moyenne correspondant à une
perte de 50 000 cheveux ?;
la
prise de greffons de façon non
contrôlée condamne certaines
possibilités de chirurgie ultérieure. |
Technique et tactique sont les deux maîtres mots pour réussir à satisfaire
les désirs maîtrisés de son patient.